Le projet de programme de SES pour la classe de première n’a pas manqué de faire réagir vivement l’association des professeurs de sciences économiques et sociales.

Elle déplore tout d’abord la démesure du projet présenté par le groupe d’experts, ne laissant pas d’autre choix que l’accumulation effrénée de concepts sans souci de l’apprentissage des élèves.

D’autant que, et c’est la seconde critique de l’association, ce projet évacue les sujets susceptibles « d’accrocher » les élèves parce qu’ils renvoient à des questions d’actualité. Au contraire, l’approche est systématiquement unilatérale – par exemple, en sociologie, prévaut l’individualisme méthodologique – et désincarnée, passant sous silence les débats internes aux sciences sociales.

Elle situe l’origine de ces défauts dans le strict cloisonnement disciplinaire défendu par les auteurs de ce projet qui, en plus de remettre en cause ce qui a fait l’originalité et le succès des SES depuis leur création dans les années 1960, aboutit à des incohérences et des redondances.

Toutes ces critiques sont amplement développées et argumentées dans une analyse détaillée du projet, qui note en outre que ce programme a été conçu sans penser à la terminale –alors que les deux années forment un « cycle »– ni à l’évaluation. Résultat : loin de favoriser l’orientation des élèves dans le supérieur, il risque de les pénaliser.

L’association appelle les professeurs à participer à la consultation sur le projet de programme qui doit être organisée par l’inspection dans les Académies et est aussi possible en ligne sur le site du ministère.

Elle estime que ce projet n’est pas amendable mais doit être revu de fond en comble, ce qui exige le report d’un an de l’application du programme. Faute de quoi, l’association annonce qu’elle appellera les enseignants de SES à ne pas appliquer ce projet de programme à la rentrée de septembre 2011.

En attendant, elle va proposer prochainement un programme alternatif qu’elle soumettra à la discussion afin d’alimenter la réflexion. La confrontation précédente va donc se reproduire.

On aurait pu s’attendre à ce que le groupe d’experts, échaudé par le précédent du programme de seconde, veille à proposer un programme plus acceptable par le « terrain ». Mais décidément, les auteurs du programme sont « incorrigibles », comme l’écrit Gilles Raveaud. Plus, la caricature est encore forcée et l’on comprend mal que des universitaires aussi estimables que Jacques Le Cacheux et Yves Deloye aient pu se laisser entraîner dans cette affaire.

Billet publié le 31 mai 2010.