Xavier Darcos, le ministre de l’Education nationale, a donc décidé de mettre une place en début d’année une commission d’études des manuels, et indirectement, des programmes de Sciences économiques et sociales, présidée par Roger Guesnerie, professeur au Collège de France, qui devrait très prochainement rendre son rapport.

Dans cet ouvrage, Thibault Lanxade dresse un constat tout à fait réaliste des obstacles à une bonne intégration des jeunes dans l’entreprise. Il décrit sans complaisance le comportement de bien des employeurs à l’égard des jeunes et les insuffisances du système de formation. Il s'efforce ainsi d'expliquer à ses pairs que les jeunes d'aujourd'hui sont différents de ce qu'ils étaient eux-mêmes hier, pour le pire parfois, pour le meilleur souvent. Il ne critique qu'à la marge le contenu des enseignements – la mission de l’éducation est d’abord de donner une culture générale à tous, gage d'adaptabilité. En revanche, il insiste avec raison sur la nécessité pour les Universités de se préoccuper enfin du devenir des jeunes qui leur sont confiés. Il observe, en accord sur ce point avec le président de l’Unef, que bien des cursus universitaires ne comportent pas les enseignements de base permettant à un jeune de changer de voie, au-delà de la formation spécialisée qu’il a reçu.

L'ouvrage comporte quelques approximations. Ainsi, dans le passage décrivant la panne de l'ascenseur social, Thibault Lanxade affirme qu'au début des années 70, la probablité pour les 30-34 ans de devenir cadre était proche de 60 % (???). On peut aussi se demander pourquoi il n'a pas enquêté un peu plus au sein de l'Education nationale au lieu de donner constamment la parole au directeur d'un cours privé hors contrat fort coûteux, qui nous explique que depuis que les mamans travaillent, la culture n'est plus transmise par la famille, ce qui ne manquera pas de faire sourire tous les spécialistes de la petite enfance. Mais on ne peut pas être spécialiste de tout !

Ce livre, au final, traite d'abord des vrais problèmes et secondairement au débat un peu oiseux sur la distance culturelle qui séparerait, en France, les jeunes du monde de l’entreprise pour je ne sais quelle raison. Thibault Lanxade publie d'ailleurs une statistique éclairante qui montre que les jeunes Suédois et Danois sont encore plus éloignés que les jeunes Français de l'entreprise, ce qui n'empêche pas ces deux pays de compter de nombreux créateurs d'entreprises, notamment dans les technologies les plus avancées... Les recommandations formulées en fin d’ouvrage s’adressent en partie au monde éducatif, convié à se rapprocher des entreprises, mais, au final, elles visent d’abord les entreprises, invitées à proposer des emplois corrects aux jeunes, à les former et à les prendre tels qu’ils sont. Espérons de ce point de vue que ses pairs le liront...

Reste une question à laquelle Thibault Lanxade ne répond pas : pourquoi donc tant d'entreprises ne jugent pas bon de suivre ses recommandations comme l'illustrent, année après année, les travaux sur les conditions d'entrée dans la vie active du Céreq ? Une étude, svp !

Philippe Frémeaux

Mis en ligne le 22 juin 2008