Comme le rappelle l’association, les SES, en dépit de l’affichage d’un enseignement « d’économie » pour tous les élèves de seconde, sont perdantes dans la réforme des lycées : horaires réduits, options supprimées, conditions d’enseignement dégradées.

Mais ce qui a provoqué les plus vives réactions, ce sont les programmes. En particulier celui de première, qui mobilise contre lui la plupart des acteurs du système éducatifs : l’Apses bien sûr, mais aussi deux syndicats enseignants, toutes les organisations lycéennes et, plus rare, toutes les associations de spécialistes du supérieur, ainsi que des personnalités reconnues des sciences de l’éducation.

Ces critiques ne valent pas forcément et a contrario, adhésion au « contre-programme » de l’Apses. Si certaines (sociologues, politistes) soutiennent ce contre-programme, ce n’est pas le cas de l’Association française de science économique.

Pour autant, cette quasi unanimité à rejeter le projet de programme devrait faire réfléchir le ministère. Surtout que ce rejet ne concerne pas tel ou tel détail, mais, le plus souvent, la philosophie générale du programme.

Certes les professeurs ne sont pas « propriétaires » des programmes d’enseignement qui, en France, sont nationaux, et à ce titre doivent être approuvés par le Conseil supérieur de l’éducation (CSE), organisme où sont représentées les différentes « forces vives » du pays. Pour autant, deux points méritent d’être rappelés.

D’abord, le programme de seconde (comme celui d’économie-gestion – PFEG – d’ailleurs), en dépit d’aménagements importants apportés au projet initial, a été très majoritairement rejeté par le CSE. Certes, ce dernier n'est qu'un organe consultatif. Ce vote négatif entache néanmoins la légitimité « civique » de ce programme. Et dans l’état actuel des choses on peut penser que le même sort risque d’être réservé au programme de première s’il n’est pas profondément remanié.

Ensuite, il est toujours dangereux de vouloir « réformer » contre l’avis des principales personnes concernées par la mise en œuvre de la réforme. Or, le vote organisé par l’Apses, proposant de choisir entre le projet du groupe d’experts et celui de l’Apses, offre un résultat sans appel en faveur de ce dernier : 98% des 1 400 professeurs de SES ayant participé au vote (en quelques jours) se prononcent en faveur du « programme Apses », et cette majorité écrasante vaut aussi pour les professeurs (plus de 40% des « votants ») qui ne sont pas adhérents de l’association. On peut bien sûr discuter de la scientificité de la procédure et de la précision des chiffres. Mais des indications sur les résultats de la consultation institutionnelle organisée sur le site du ministère ou dans les académies par l’inspection, confirment cette tendance.

C’est clair, les professeurs de sciences économiques et sociales, dans leur très grande majorité, ne veulent pas de ce programme de première. L’hypothèse d’un refus de l’appliquer s’il n’était pas grandement remanié, quelles que soient les difficultés de mise en œuvre d’une telle décision, n’est pas si improbable.

Tout le monde, les élèves au premier chef, mais le ministère aussi, aurait à gagner à entendre ce refus.

Gérard Grosse

Billet publié le 17 juin 2010