Offrir à tous les élèves entrant au lycée (général et technologique du moins) une initiation à « l’économie » était une des nouveautés de la réforme Chatel. Cela a pris la forme de l’obligation pour les élèves de seconde de choisir, parmi les deux « enseignements d’exploration » de leur emploi du temps, au moins un enseignement d’économie : Sciences économiques et sociales (SES) ou Principes fondamentaux de l’économie et de la gestion (PFEG).

Nous ne revenons pas sur les débats qui avaient alors agité la profession et qui ont été largement évoqués sur ce site, ici ou . Il était souvent question des programmes, mais le statut des disciplines et leurs conditions d’enseignement étaient aussi source d’inquiétudes.

En septembre dernier, la réforme est entrée en application. Un trimestre plus tard, un premier bilan est dressé par le ministre. Sans surprise, il est content et même ravi !. Sur le terrain, la satisfaction est pour le moins nuancée : situation difficile des stagiaires lancés dans le grand bain sans préparation, mise en œuvre chaotique de l’accompagnement personnalisé, grandes inégalités dans les conditions d’enseignement des « enseignements d’exploration ». En ce qui concerne plus particulièrement les enseignements d’économie, les difficultés pointées aujourd’hui par les professeurs des deux disciplines concernées étaient prévisibles.

Que disent les enseignants ou du moins leurs associations professionnelles ?

L’Association des professeurs d’économie et gestion (APCEG), dans un communiqué , prend acte tout d’abord que si, avant la réforme, seuls 6% des élèves de seconde suivaient un enseignement d’économie-gestion (IGC) c’est le cas aujourd’hui de plus de 20%. Mais on passe de 3 heures à 1 heure et demie par semaine. Et l’association estime que les élèves n’ont pas vraiment choisi entre les deux enseignements, l’offre, elle-même induite par les ressources locales en personnel – ayant créé sa propre demande. Elle considère que les déclarations du ministre contribuent à mettre en concurrence les disciplines et vont conduire à la dévalorisation de la série STG (Sciences et Technologies de la Gestion). Elle plaide comme elle l’avait déjà fait pour un enseignement unique et commun, économie, sociologie, gestion de deux heures et demie.

Il est peu probable que cette proposition trouve l’assentiment des professeurs de SES pour qui une claire distinction entre les deux enseignements est souhaitable et chez qui existe toujours la crainte de se voir « absorber » par l’économie-gestion.

L’Association des professeurs de sciences économiques et sociales lance une enquête en ligne sur les conditions d’enseignement des SES dans la classe de seconde réformée. En attendant, elle dresse un premier bilan dans un communiqué de presse . Elle est tout aussi critique vis-à-vis des conditions d’enseignement, mais souligne en plus un paradoxe. Si les SES sont massivement choisies en seconde (85% des élèves) et si le ministre s’en félicite au nom de la nécessaire formation des futurs citoyens, alors qu’il s’agit d’une matière à la fois nouvelle pour d’anciens collégiens et appelée à devenir centrale pour les futurs bacheliers ES, « il apparaît anormal que cet enseignement demeure optionnel en seconde avec un horaire réduit à seulement 90 minutes par semaine ».


Argument logique, mais faire des SES une des discipline du « tronc commun » avec un horaire et des conditions d’enseignement (dédoublements) plus favorables à l’apprentissage des élèves, cela veut dire soit réduire l’horaire d’une autre discipline, et on peut douter qu’il y ait des volontaires ! Soit alourdir l’horaire des élèves et ce n’est pas dans l’air du temps, et recruter plus de professeurs de SES, et c’est encore moins dans l’air du temps !

Billet publié le 6 décembre 2010.