Le dossier s’ouvre sur la démarche de la région Nord Pas-de-Calais. Suite au lancement des « indicateurs 21 », qui visent à mieux mesurer le développement régional, quinze habitants (tirés au sort par souci d’impartialité) ont suivi une formation en statistique leur permettant de comprendre les méthodes de calculs des indices élaborés par la région. Invités à porter un regard critique sur ces derniers, ils ont permis d’affiner la grille de lecture initialement élaborée par les techniciens, en élargissant l’éventail des modalités choisies pour la composition des indicateurs.

Mais à ce travail de rétrospection, certaines régions ont préféré l’introspection : un travail participatif de définition du bien-être y a été engagé localement pour « faire émerger les valeurs profondes qui tiennent à cœur aux citoyens », préalablement à tout processus de construction d’indicateurs. Il s’agit d’une part de ne pas laisser aux seuls experts le soin de définir ce qui fait richesse, mais aussi de reconnaître la diversité des attentes au sein des territoires : pour une région postindustrielle sinistrée, la vivacité du marché de l’emploi passe avant la beauté des espaces verts.

Pour libérer la parole des habitants, les Pays-de-la-Loire fournissent par exemple des kits d’animation aux équipes locales, qui favorisent le débat en le structurant autour de grandes questions. Les échanges, fructueux, ont permis de faire émerger des valeurs communes aux habitants, qui dépassent les clivages politiques traditionnels et les replis partisans, et rassemblent autour de la question du « que voulons nous-être ?». Dans la communauté de Pipriac, un QCM élaboré par la société civile a permis d’élaborer une définition partagée du bien-être. D’autres initiatives fleurissent un peu partout…

L’exercice a donc le vent en poupe, et depuis 2005, c’est le Conseil de l’Europe qui s’est lancé dans un vaste programme d’expérimentation en la matière. Baptisé Spiral (social progress indicators and responsabilities for all) il constitue la plus ambitieuse et la plus scientifique des approches participatives pour élaborer des indicateurs de bien-être. La constitution de plusieurs groupes homogènes permet d’élaborer de nombreux indicateurs regroupés en huit dimensions pour définir des objectifs prioritaires de développement régionaux.

A l’issue de la lecture, on ne peut que se réjouir de cette dynamique globale. Mais il faudrait aussi s’interroger sur l’harmonisation de ce foisonnement d’indicateurs. Il est en effet indispensable de fournir un poids politique à tout indicateur qui prétendrait remettre en question l’hégémonie du PIB. Sans ce travail, les indicateurs de bien-être risquent d’être réduits à de simples sondages à destination des municipalités, qui seraient certes profitables à l’efficacité de l’action publique et à l’émergence d’une démocratie participative, mais impuissants face à un indice qui tire sa force de sa simplicité et de sa lisibilité.

Côme Bastin

Mis en ligne le 13 mai 2011.

Pour en savoir plus :

Territoires n°517 - avril 2011 - Dossier : Indicateurs de richesse : qu’est-ce qui “compte” le plus pour vous ?

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